Après avoir goûté aux médailles internationales en tant qu’athlètes de haut niveau, nombreux sont les archers qui font le choix de rester au service de leur discipline. Entraînement, encadrement, médecine du sport, équipement ou communication : les chemins de reconversion sont multiples, mais la passion reste intacte. Tous continuent, chacun à leur manière, à faire grandir le tir à l’arc français.
Audrey Adiceom
Vice-championne du monde par équipe en 2023, Audrey Adiceom voit son rêve olympique s’arrêter aux portes de Paris 2024. Alors que « [son] monde s’écroule » et qu’elle traverse une « période très compliquée », elle s’appuie sur ce qu’elle avait anticipé : « Ma grosse chance c’est que j’avais continué mes études en parallèle (…) J’avais signé un CIP avec la CRITT Informatique et la FFTA. »
© World Archery
En parallèle, une opportunité s’ouvre avec World Archery : « Ils m’ont proposé plusieurs événements comme la Coupe du Monde d’Antalya, le TQO et les Jeux Paralympiques. (…) C’était super de pouvoir promouvoir le tir à l’arc et de voir une vision beaucoup plus globale de l’organisation. » Une expérience qu’elle qualifie de décisive : « Ça a été le meilleur des pansements pour moi, de comprendre que je pouvais aimer le tir à l’arc différemment. »
Après un Programme Vacances-Travail en Australie puis une aventure en Nouvelle-Zélande, Audrey poursuit ses collaborations à distance, notamment comme commentatrice : « Ça n’est pas facile de commenter du tir à l’arc en anglais (…) On attend de moi de la technique mais aussi de l’enthousiasme. » Une nouvelle manière de transmettre, sans jamais rompre le lien avec sa discipline.
Cette envie de partager l’expérience acquise au plus haut niveau est un fil conducteur que l’on retrouve également chez Pierre Jangnäs.
Pierre Jangnäs
Une blessure à la main en pleine préparation des Jeux de Paris a mis le pied à l’étrier à sa reconversion : « Elle a été un peu soudaine mais pour autant je l’avais préparée en amont avec les marques qui me sponsorisaient. Suite à ma blessure, on a activé la reconversion avec Hoyt et Easton pour devenir leur consultant, pour faire la liaison entre les tireurs, les magasins et les marques. »
Pierre Jangnäs (36 ans) parcourt le territoire français pour partager cette expérience : « Le but, c’est d’organiser des séminaires en magasin, pour former des équipes de vente, mais aussi pour pouvoir échanger directement avec les consommateurs. Avec les clubs, c’est de partager des astuces sur l’entraînement, sur le réglage, afin de démystifier un peu l’aspect matériel de notre sport ».
Parmi ses nombreuses casquettes, il a aussi, titulaire du DEJEPS, celle d’encadrant d’archers et d’organisateur de stages avec sa compagnie The Blue Bear : « Comme ma femme Erika est originaire de Suède, on organise des stages de perfectionnement en partenariat avec le club de Stockholm. » Le couple s’investit aussi bénévolement dans leur club de Saint-Avertin : « Le but c’est de transmettre ma passion, ce qui m’a animé pendant toutes ces années. Le tir à l’arc, c’est ce qui me fait vibrer et ce qui me fait vivre ». Une belle manière d’illustrer la vie de cet ancien Olympien (Tokyo et Rio) dont la passion coule toujours dans les veines comme dans celles de Sébastien Flute…
Sébastien Flute
Champion Olympique aux Jeux de Barcelone en 1992, le nom de Sébastien Flute résonne bien au-delà de la sphère du tir à l’arc. Depuis la fin de sa carrière d’archer, le Breton d’origine n’a cessé de s’impliquer dans son sport. Après le lancement de sa marque en 2005, Sébastien Flute a été impliqué dans l’organisation de nombreux grands événements de tir à l’arc avec notamment les Coupes du Monde de 2021 et 2023 et les JOP de Paris 2024.
Comme Pierre Jangnäs sur les Jeux de Paris, Sébastien Flute a également été commentateur pour France TV sur les Jeux de Londres en 2012.
Pour Pierre-Julien Deloche, le statut d’archer se conjugue également avec une carrière à côté :
Pierre-Julien Deloche
L’ancien numéro 1 mondial a très vite su se tailler une carrière en plus de celle d’archer : « Je n’ai pas forcément arrêté le haut-niveau mais j’ai toujours eu besoin d’une activité rémunérée à côté. Au début c’était dans l’armée en tant que sauveteur en mer. Ensuite, ce sont mes sponsors (Hoyt, Easton, Arc Système…) qui m’ont aidé pour que je puisse créer ma société, mon modèle économique et pouvoir exister dans le système français. (…) Il s’agissait de participer à la conception de matériels de tir à l’arc, de storytelling, de faire de la communication écrite et visuelle. »
Pierre-Julien Deloche en Équipe de France en 2023 sur le championnat d'Europe Campagne © World Archery Europe
Pierre-Julien Deloche a profité également du Covid pour ajouter de nouvelles expériences à sa palette : « Je me suis lancé sur Youtube avec une chaîne à mon nom. Le but c’était de transmettre ce que j’avais appris par mes diverses casquettes militaires et sportives, et de parler des outils de compétiteur qui me permettent d’être performant au quotidien en ayant une famille et un métier ».
Une rigueur qui lui a permis de prendre la suite de Philippe Barlet à la présidence de la marque de fabrication française, Arc Système, en 2024 : « On doit faire en sorte de prodiguer les meilleurs conseils auprès de la population, qu’ils soient contents de notre matériel et fiers de compter sur des matériels issus de notre territoire ».
Une carrière rondement menée pour l’homme de 44 ans qui a su se forger professionnellement à côté de son statut d’archer.
Des parcours durablement ancrés dans l’écosystème fédéral
Au-delà de ces trajectoires individuelles, nombreux sont les anciens athlètes qui ont choisi de poursuivre leur engagement au sein même de l’écosystème fédéral, qu’il s’agisse de leur parcours professionnel ou en tant que bénévole.
Double olympien à Sydney 2000 et Athènes 2004, Jocelyn De Grandis n’a jamais vraiment quitté les pas de tir. Ancien entraîneur, puis gérant d’archerie, il est aujourd’hui prestataire pour la FFTA avec la boutique officielle fédérale. Les archers peuvent y retrouver vêtements et accessoires aux couleurs de leur sport et de l’équipe de France, en partenariat avec l’équipementier officiel Erreà. Jocelyn continue ainsi de sillonner la France, présent sur de nombreux grands rendez-vous nationaux avec son stand.
Pour d’autres, c’est par les métiers de la santé que le lien avec l’équipe de France s’est prolongé. Le médecin Aurélien Daux, les masseurs-kinésithérapeutes Aurélie Carlier, Michaël Sanna et Sophie Planeix ont tous porté le maillot tricolore avant de mettre leurs compétences médicales et paramédicales au service des archers de haut niveau.
D’autres encore occupent aujourd’hui des fonctions clés dans l’encadrement technique, la gouvernance ou la formation.
Vice-championne du monde par équipe en arc à poulies, Sandrine Vandionant est désormais directrice technique nationale adjointe. Parmi les élus du Conseil d’Administration de la Fédération, on retrouve notamment Carole Ferriou, sextuple championne du monde de tir en campagne, et Lionel Torres, double olympien et champion du monde par équipe.
Enfin, de nombreux athlètes mettent leur expérience au profit d’une nouvelle casquette en tant qu’entraîneurs comme le double olympien Romain Girouille et Sébastien Brasseur, entraîneurs des équipes de France avec de nombreuses médailles conquises. C’est également le cas de Lauréna Villard, multi-médaillée internationale en tir en campagne et aujourd’hui entraîneure du Pôle France Relève de Dijon. Ancienne olympienne et championne d’Europe en arc à poulies, Aurore Trayan occupe un poste de chargée de mission auprès de la DTN après avoir été entraîneure de l’équipe de France. Amandine Bouillot, multi-médaillée internationale et ex-numéro un mondiale, met désormais son expertise au service de l’équipe de France de para-tir à l’arc en tant qu’entraîneure. Tout comme Christine Gauthé.
Christine Gauthé © World Archery Europe
Autant de parcours qui témoignent d’une même réalité : au-delà des résultats et des podiums, le tir à l’arc est pour beaucoup un engagement d’une vie, qui se prolonge bien après la fin de la carrière sportive.