Parmi les 364 archers réunis fin février à la Halle Georges Carpentier pour les championnats de France de tir à 18m, certains profils avaient plusieurs missions. C’était le cas de Romane Blondel. À 24 ans, l’archère de Brienon-sur-Armançon ne s'est pas contentée de prendre part à la compétition, elle a également endossé le rôle de coach pour accompagner et conseiller ses camarades de club sur l'approche mentale.
Des débuts classiques
Romane Blondel tire à l’arc depuis ses six ans. Si elle a débuté au club de Fécamp, elle tire maintenant à Brienon-sur-Armançon. Son parcours est à l’origine plutôt classique et en catégorie minimes (U15) elle a même pu participer à plusieurs championnats de France. Ces dernières années, on a pu aussi la retrouver sur les épreuves par équipe de D1 avec son club. C‘est donc une habituée de ces échéances nationales. Quand on lui demande si les championnats de France en salle sont un objectif, Romane nous répond : « Oui, c’est d’ailleurs ma troisième participation en Sénior 1. Mon objectif principal reste la D1, mais un championnat de France, c’est toujours l’opportunité d’apprendre de nouvelles choses et de rencontrer de nouvelles personnes ». Le vendredi, Romane n’a pas passé le cut pour accéder aux duels. Est-elle pour autant déçue de sa performance ? « Ma journée a été globalement satisfaisante. Je pense avoir fait de bonnes qualifications et j’ai égalé le quatrième meilleur score de ma saison donc j’ai tiré à mon niveau malgré une fin un peu frustrante où j’ai eu un peu de mal à gérer. »
Son parcours d'archère n'a pas toujours été simple : « J'ai vécu un target panic pendant plus de trois ans, c’était super difficile, je n’arrivais plus à aller jusqu’au contact. Aujourd’hui, j’en suis sortie et cela fait trois ou quatre ans que je suis de retour de manière régulière sur les manches de D1 ou les championnats de France. Le target panic n’est pas une fatalité, et on peut en sortir. »
Une autre casquette
Après avoir tiré, Romane, qui est également entraîneur fédéral, a vite remplacé son dossard de compétitrice par une accréditation de coach pour accompagner ses camarades de club : « J’ai pu aider entre autre Natasha Wonneberger qui est une coéquipière de D1 et dont c’étaient les premiers championnats de France. Elle a donc assez peu d’expérience de la salle. Elle a passé le cut et je voulais qu’elle soit parfaitement sereine pour la suite. Pour son premier match, elle s’est retrouvée face à Caroline Lopez qui ne lui a pas laissé beaucoup d’opportunités. Elle a aussi mis en place une routine avec son entraîneur de club ; j’ai essayé de l’aider à la tenir, de lui rappeler ses objectifs. Même si elle a perdu, son match était réussi parce qu’elle a rempli tous les objectifs fixés. ».
Car en parallèle, Romane Blondel est aussi préparatrice mentale depuis trois ans. Elle intervient sur les thématiques du stress et de la gestion des émotions. D’ailleurs, le target panic est l’une des raisons qui l’ont poussée dans cette direction. Mais à quoi sert la préparation mentale ? « Quand je me suis lancée dans un master en neuropsychologie et psychologie cognitive, j’entendais que le tir à l’arc c’est essentiellement du mental. C’est vrai, pourtant le travail sur le mental n’est pas encore démocratisé dans notre sport. […] Lors des Jeux de Paris, beaucoup d’athlètes ont parlé de l’importance de cette préparation pour eux. Lisa Barbelin l’a utilisée par exemple. En travaillant sur les capacités de concentration ou de gestion du stress, cela aide à prendre du recul pour régler les blocages mentaux. »
Une pratique qui, pour Romane, met pourtant du temps à se démocratiser : « Cela ne fait qu’une quarantaine d’années que la neuropsychologie et la psychologie cognitive se développent, et encore moins longtemps que ces méthodes sont appliquées au sport et aux sportifs. Je ne prétends pas que ces méthodes fonctionnent forcément avec tout le monde mais les retours que j'en ai sont positifs et m’encouragent à continuer. »
Texte et photos : Pierre Lansac